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Les
essais de médicaments contre l'Alzheimer -- Une lueur
d'espoir
Imaginez,
si vous le pouvez, que vous êtes atteint d'une maladie
incurable et qu'il n'existe sur le marché aucun médicament
en mesure de traiter vos symptômes débilitants. Imaginez,
si vous le pouvez, que cette maladie vous dérobe lentement
de votre raison et de votre indépendance. Imaginez le
désespoir qui vous envahit lorsque le médecin déclare, à vous
et à votre famille, que la médecine ne peut absolument
rien pour vous.
Voilà ce
qui arriva à Jenny (nom fictif) et à son frère John Evanoff
de Scarborough (Ontario). Il y a deux ans, on diagnostiqua
la maladie d'Alzheimer à Jenny. Sa vie fut bouleversé à tout
jamais.
Jenny
voyageait beaucoup et jouait également un rôle très actif
dans sa collectivité. Le diagnostic de la maladie d'Alzheimer
entraîna la perte de son permis de conduire. S'envola
du même coup une grande partie de sa liberté et de son
indépendance. À 68 ans, Jenny n'était pas prête à perdre
tout espoir en l'avenir. Elle ne voulait pas lâcher prise.
Sur le point de devenir grand-mère pour la première fois,
elle se sentait dans la force de l'âge.
Au
Canada, plus de 250 000 personnes souffrent de l'Alzheimer,
une maladie mal connue et contre laquelle nous disposons
de peu de moyens. Le nombre de personnes atteintes montera
en flèche avec le vieillissement de la génération des
baby boomers et atteindra 750 000 personnes avant l'année
2030. Plus de 3,9 milliards de dollars sont affectés
chaque année aux soins des personnes atteintes de la
maladie d'Alzheimer et des démences connexes.
Pour
Jenny et quelques autres personnes dans la même situation,
l'espoir se matérialisa sous la forme d'une annonce dans
le journal. Des cliniciens de l'Université de Toronto
cherchaient des volontaires pour participer à l'essai
clinique d'un médicament contre la maladie d'Alzheimer.
Jenny
et son frère John n'eurent aucune hésitation. "J'ai
vu des amis mourir à petit feu de cette affection dégénérative
et nous étions prêts à faire l'impossible, Jenny et moi,
pour y échapper", déclare John.
Jenny
s'enrôla donc aux essais cliniques du Toronto Hospital.
La participation à cette étude consumma beaucoup de temps
et nécessita de nombreux voyages. En outre, il y avait
la possibilité que Jenny ne reçoive même pas le médicament
expérimental. En effet, dans ce type d'étude à double-insu,
la moitié des participants reçoit le médicament et l'autre
moitié un placebo (une substance qui ressemble au médicament
mais sans effet). Ni le personnel, ni les participants,
ni les familles ne savent à qui le médicament est administré.
John se souvient d'avoir espéré de toutes ses forces
que sa soeur reçoive le médicament expérimental.
Son
espoir fut exaucé lorsque la famille et les médecins
constatèrent une amélioration dans sa mémoire à court
terme. "En l'espace de douze semaines, Jenny put
se souvenir de 10 objets présentés brièvement devant
elle au lieu de quatre seulement", poursuit John.
Elle reprit également une attitude plus optimiste face à la
vie.
Pour
sa famille et elle, ces résultats tenaient la promesse
d'une vie mieux remplie pendant plus longtemps. "Cela
a été pénible de faire tous ces voyages et de vivre dans
l'incertitude, mais j'ai toujours ma soeur près de moi
et je serais prêt à reprendre l'expérience de nouveau
pour vivre quelques années de plus en sa compagnie."

En
moyenne, une période de 10 ans consacrée à la recherche
et aux essais est nécessaire avant qu'un médicament n'atteigne
le cabinet du médecin, s'il réussit évidemment à passer
toutes les étapes préalables. Les médicaments expérimentaux
font l'objet d'épreuves cliniques très strictes avant
d'être offerts sur le marché et la Direction générale
de la protection de la santé de Santé Canada voit à ce
que le public soit protégé à toutes les étapes de la
fabrication d'un nouveau médicament.
Les
essais cliniques comportent plusieurs phases. Tout d'abord,
des essais en laboratoire sont menés sur des cultures
de tissus et des modèles animaux pour s'assurer que les
essais cliniques peuvent se poursuivre sans danger sur
des êtres humains.
Au
cours des essais cliniques, l'efficacité et l'innocuité du
médicament, les contre-indications et les posologies
appropriées sont évaluées en profondeur. Les participants
aux essais cliniques éprouvent des troubles de la mémoire
causés en grande partie par la maladie d'Alzheimer, mais
sont relativement en bonne santé par ailleurs. Si, au
cours des trois phases des essais, le bien-être des participants
est affecté d'une façon ou d'une autre, le traitement
est immédiatement interrompu.
De
10 à 25 personnes participent en tout temps à la phase
trois des essais menés au Toronto Hospital. Ces essais
se déroulent habituellement dans plusieurs endroits au
pays et autour du monde. Ils mettent à contribution plusieurs
centaines de participants en tout. Au cours de la phase
trois, on met un terme à l'expérimentation en double
aveugle et tous les participants intéressés peuvent prendre
le médicament.
Si
les études cliniques menées au cours de la phase trois
démontrent des résultats intéressants, le fabricant peut
déposer une présentation de drogue nouvelle auprès de
la Direction générale de la protection de la santé. La
DGPS analyse tous les renseignements recueillis au cours
de la recherche et si le nouveau composé présente une
valeur thérapeutique supérieure aux risques afférents à son
utilisation, le médicament est approuvé.
À ce
jour, plusieurs médicaments contre la maladie d'Alzheimer
semblent prometteurs. Ils contribuent à stabiliser ou à augmenter
la capacité de fonctionner des personnes présentant des
symptômes légers ou modérés de la maladie d'Alzheimer.
Les médicaments expérimentaux augmentent le niveau d'acétylcholine
au cerveau, un produit chimique qui joue un rôle important
dans la transmission des informations entre les cellules
nerveuses. Chez les personnes atteintes de la maladie
d'Alzheimer, le niveau d'acétylcholine au cerveau est
inférieur à celui des personnes en santé.
Le Dr Karl Farcnik participe aux essais cliniques menés
au Toronto Hospital à titre de chercheur principal. Selon
le Dr Farcnik, ces composés chimiques offrent plus d'espoir
que tous ceux étudiés jusqu'à maintenant. Ils s'attaquent
aux syptômes de la mémoire et des problèmes de comportement
et permettent à la personne de prolonger une vie de qualité.
Cependant, le Dr Farcnik nous met en garde : "Ces
médicaments ne guérissent pas la maladie d'Alzheimer
mais ils semblent permettre à la personne de fonctionner à un
meilleur niveau plus longtemps."
Au-delà des
résultats médicaux, une partie importante de la recherche
sur les médicaments expérimentaux contre la maladie d'Alzheimer
comprend l'évaluation de l'impact des produits sur les
dispensateurs de soins. Le Dr Farcnik poursuit : "Si
la personne est en mesure de mieux fonctionner, le fardeau
des soignants et de la famille décroît d'autant." Au
moment d'évaluer le médicament, les améliorations constatées
chez le participant et leurs effets sur le soignant sont
pris en considération."
Jenny
et les autres participants contribuent à donner de l'espoir
aux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer et à leurs
familles. Les essais effectués sur de nouveaux médicaments
préservent cette lueur d'espoir à l'horizon. Selon le Dr Farcnik, plus d'un médicament sera probablement approuvé au
Canada au cours des deux prochaines années.

Il
s'agit d'une étape importante dans le traitement des
symptômes de la maladie d'Alzheimer. À ce jour, il n'existait
qu'un médicament dans toute l'Amérique du Nord, la Tacrine,
délivrée sur ordonnance uniquement aux États-Unis, mais
non approuvée au Canada.
Pour
l'instant, les médicaments les plus prometteurs offrent
des résultats à court terme. Le Consortium des centres
canadiens pour la recherche clinique cognitive, un groupe
de chercheurs canadiens reconnus dans le monde entier,
tente de déterminer l'innocuité et l'efficacité d'un
certain nombre de médicaments potentiels contre la maladie
d'Alzheimer.
Selon
le président du consortium, le Dr Howard Feldman, ainsi
que le Dr Farcnik, les résultats obtenus à ce jour encouragent
l'intensification des essais sur de nouveaux composés.
On procédera sous peu à l'essai clinique de médicaments
expérimentaux utilisés seuls ou en conjonction avec d'autres.

Le Dr Feldman dirige une unité d'essais cliniques sur la
maladie d'Alzheimer et les troubles connexes à l'hôpital
universitaire de Vancouver. Selon lui, les essais combinés
de plusieurs composés chimiques nous permettront de répondre à plus
de questions et à bénéficier de plus d'avantages concrets.
"Les
médicaments utilisés dans les essais cliniques sont présentement
combinés avec de nouvelles drogues expérimentales qui
semblent augmenter les fonctions de l'acétylcholine.
Ces progrès nous permettront d'ouvrir la voie à des travaux
encore plus importants à l'avenir", affirme le Dr Feldman. Il s'agit-là uniquement de quelques essais passionants
qui ont été rendus possibles grâce au succès obtenus
jusqu'à maintenant.
Gloria
Cantlon de Chilliwack (Colombie-Britannique) fait également
sa part pour protéger la flamme de l'espoir. Il y a presque
six ans maintenant, sa famille et elle apprirent que
les symptômes dont elle souffrait s'apparentaient à la
maladie d'Alzheimer. Pour contrer la progression de la
maladie, Gloria et son mari, Darrel, s'informèrent des
divers traitements possibles. Leur médecin leur suggéra
de s'adresser à l'Université de la Colombie-Britannique.
Le Dr Feldman et ses associés trouvèrent en Gloria la
candidate idéale pour les essais cliniques en cours.
Les Cantlon sentaient qu'ils n'avaient rien à perdre.
Les
Cantlon parcourent maintenant 150 kilomètres pour se
rendre à l'hôpital, presqu'à toutes les semaines. Ils
feront le voyage pendant 52 semaines. Même si le traitement
est long, difficile et incertain, la famille observe
déjà des changements. "Nous n'avons constaté aucune
modification réelle de la mémoire de Gloria, mais son état
de confusion est moindre, ce qui lui permet de mener
une vie plus normale pendant de longues périodes",
affirme Darrel. Gloria subit les effets secondaires des
médicaments administrés et éprouve parfois des douleurs,
mais les Cantlon croient néanmoins que la qualité de
vie de Gloria serait moindre si elle s'en passait.
La
contribution de Jenny, de Gloria, de leur famille et
de plusieurs autres participants porte fruit. Selon Mme Judy Erola, présidente de l'Association canadienne de
l'industrie du médicament, les véritables avantages des
médicaments expérimentaux deviennent apparents lorsqu'ils
sont approuvés.
"C'est
alors que des milliers de personnes peuvent y avoir accès.
Véritable champ d'expérimentation, les médecins de tout
le pays peuvent ensuite en mesurer les résultats. Ces
médicaments ne sont pas une panacée contre la maladie,
mais ils peuvent retarder son développement en attendant
les résultats d'autres travaux de recherche."
Toutes
les familles touchées par l'Alzheimer connaissent bien
les sentiments de peur, de frustration et d'incertitude à la
vue de l'être cher atteint de cette maladie. La Société Alzheimer
du Canada et ses 120 sections locales et associations
provinciales tentent de leur venir en aide en leur offrant
les ressources nécessaires, en organisant des groupes
d'entraide et en soutenant la recherche sur la maladie
d'Alzheimer.
Le
directeur général d'Alzheimer Canada, M. Steve Rudin,
se dit très encouragé des résultats de la recherche jusqu'à maintenant
: "Non seulement l'intensification de la recherche
sur de nouveaux médicaments nous permet d'entretenir
l'espoir de découvrir un jour un traitement efficace,
elle favorise également la sensibilisation du public à notre
cause".
M.
Rudin explique qu'en plus de soutenir la recherche, la
Société informe le public des progrès réalisés, distribue
dans tout le pays des dépliants d'information sur les
dernières découvertes et facilite la participation de
volontaires aux essais cliniques qui se poursuivent de
façon permanente.
Selon
le Dr Serge Gauthier, directeur du Centre McGill d'études
sur le vieillissement, les recherches faites à ce jour
nous permettent maintenant de passer à la prochaine étape. "Même
si, jusqu'à maintenant, l'accent a été mis sur le soulagement
des symptômes à court terme, nous sommes sur le point
de débuter des études qui pourraient mener à la prévention",
déclare-t-il.
Cependant,
toute la connaissance médicale au monde n'aurait aucune
signification sans la confiance et la volonté des Jenny,
Gloria et leurs familles. Leur participation permettra
peut-être aux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer
de disposer enfin d'une option médicale pour le traitement.
Grâce à elles, la flamme de l'espoir continue de briller.
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