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Dossier de presse -- Les lignes directrices sur l'éthique

Le 18 avril 1997

Article-vedette

Faire face aux sujets délicats -- Lignes directrices sur l'éthique et la maladie d'Alzheimer

Certains jours, Molly Blake pense que tout le monde autour d'elle est fou. Elle oublie souvent qu'elle, comme bien d'autres résidents de l'établissement de soins où elle vit maintenant, est atteinte de la maladie d'Alzheimer.

« Toutes les deux, nous savions qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas », raconte Ellen Agger, dont la mère Molly a appris qu'elle était atteinte de la maladie d'Alzheimer lors d'un séjour à l'hôpital au printemps dernier. « Maman avait bien de la difficulté à vivre seule. Elle ne prenait plus correctement ses médicaments pour contrôler son épilepsie et ne savait plus gérer son argent. Souvent, je trouvais de la nourriture avariée dans son réfrigérateur parce qu'elle avait oublié qu'elle avait acheté certaines choses et en commandait d'autres à l'épicerie. »

« Je ne voulais pas la forcer à emménager dans un établissement de soins de longue durée; cependant, je savais qu'elle n'était plus en sécurité en vivant seule dans son appartement. »

Ellen Agger déclare qu'elle commence à peine à vraiment saisir toute l'ampleur des effets de la maladie d'Alzheimer -- une maladie progressive et dégénérative du cerveau qui enlève à une personne sa capacité de penser, raisonner, communiquer et, éventuellement, sa capacité de prendre soin d'elle-même. Elle se rend compte à quel point la maladie transforme en profondeur la vie de sa mère et la sienne.

« Je suis dépassée par le nombre incessant de décisions que je dois prendre au nom de ma mère », dit Ellen Agger, la seule aidante pour sa mère âgée de 67 ans. « Chaque décision en entraîne plusieurs autres. J'ai l'impression de vivre la vie de deux personnes, même si ma mère vit dans un établissement de soins de longue durée. »

En janvier dernier, Ellen Agger était aux prises avec la décision de consentir ou non à d'autres tests médicaux invasifs lorsqu'elle a appris que sa mère était également atteinte de cancer. « Il m'était très difficile de différencier ce que ma mère aurait voulu de ce que moi, je voulais. Je ne savais trop quelles questions poser et comment prendre les décisions difficiles que les médecins de ma mère me demandaient de prendre. »

Afin d'aider les familles comme celle d'Ellen Agger, la Société Alzheimer du Canada a conçu une série de lignes directrices sur l'éthique (les premières du genre au Canada) qui traitent de plusieurs des sujets délicats qui surgissent tout au long de la progression de cette maladie débilitante.

« Les familles nous ont demandé de leur fournir en quelque sorte une direction à suivre », déclare Marg Eisner, présidente de la Société Alzheimer du Canada et présidente du Groupe de travail sur l'éthique qui a conçu les lignes directrices.

Composé d'aidants, de membres de famille, d'experts des domaines médical et juridique, de chercheurs, de spécialistes en déontologie, d'infirmiers et de soignants de partout au Canada, le Groupe de travail sur l'éthique a élaboré des lignes directrices et recueilli les opinions de la population d'un océan à l'autre. Le résultat fut remarquable : 550 Canadiens ont répondu et chacune de leurs réponses a été prise en considération lors de l'élaboration finale des lignes directrices.

Ces lignes directrices aident les familles à aborder des sujets de discussion et à clarifier certaines des décisions les plus difficiles qui doivent être prises à la fois par la personne atteinte de la maladie et sa famille. Elles servent également de point de départ pour des discussions entre les pourvoyeurs de soins de santé et les chercheurs.

Les lignes directrices traitent de sujets comme :

  • quand une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer ne doit plus conduire
  • ce que les membres de la famille doivent prendre en considération lorsqu'il est question de tests provisionnels et d'évaluation des facteurs de risque
  • comment les familles peuvent faire la juste mesure entre la nécessité de prendre des décisions et le respect des choix de l'individu
  • l'utilisation de contentions est-elle justifiée afin de maintenir la sécurité de la personne atteinte de la maladie d'Alzheimer

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D'autres sujets visés par le Groupe de travail sur l'éthique incluent la qualité de la vie, les soins en phase terminale, la participation à la recherche et la communication du diagnostic.

Un des sujets qui est particulièrement délicat pour de nombreuses personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer est la conduite automobile car cela est souvent relié de près à la vie familiale et l'indépendance d'une personne. Judie Witney a fait face à cette situation de première main lorsqu'elle s'est rendue compte que sa tante Elma ne pouvait plus retrouver son chemin lorsqu'elle prenait sa voiture pour parcourir les quatre pâtés de maisons qui la séparaient du centre de la petite ville ontarienne où elle a vécu toute sa vie.

Judie Witney a agonisé pendant des mois à savoir si elle devait faire mention de la situation au médecin de sa tante. « J'avais l'impression de prendre une décision dans le vide. Des lignes directrices comme celles-ci m'auraient été fort utiles pour déterminer ce que je devais faire. »

« Le médecin de ma tante Elma lui a finalement retiré son permis de conduire. Elle ne m'a jamais reparlé depuis. Aussi difficile qu'a été ma décision, j'ai probablement sauvé la vie de quelqu'un. »

Des décisions difficiles comme celle-ci ne sont pas toujours prises par une seule personne. Les relations familiales, les différentes valeurs et points de vue variés qui existent au sein d'une même famille, les croyances religieuses, tout cela joue un rôle important dans de nombreuses décisions qu'une famille doit prendre.

Ces lignes directrices offrent des conseils pratiques en ce qui a trait à la prise de ces décisions. « Elles prennent des sujets d'éthiques délicats et les rendent accessibles à tous », raconte le Dr Carole Cohen, Directrice clinique des Services psychiatriques communautaires pour les aînés du Centre des sciences de la santé Sunnybrook à Toronto et membre du Groupe de travail sur l'éthique. « Il y a peut-être certains aspects d'une situation auxquels vous n'avez pas pensé. Les lignes directrices aident les gens à voir l'envers de la médaille. »

Pour Joan Pelham, l'envers de la médaille, c'était de décider si elle devait ou non dire à son mari Norman, âgé de 62 ans, qu'il était atteint de la maladie d'Alzheimer. Selon Joan Pelham, Norman savait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, mais il ne savait pas ce que c'était. « Je le savais depuis bien longtemps avant que lui ne l'apprenne. »

Joan Pelham déclare qu'elle voulait que son mari puisse jouir d'un certain temps de qualité avant d'apprendre qu'il était atteint de la maladie. « Je ne sais pas si j'avais raison ou tort. »

Les familles agonisent face à de telles décisions. Le Dr Serge Gauthier, neurologue au Centre McGill pour les études sur le vieillissement à Montréal et membre du Groupe de travail sur l'éthique, est d'avis qu'il est important de faire preuve de délicatesse lorsque l'on annonce à une personne qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer. De plus, les lignes directrices conseillent de diriger la personne atteinte de la maladie et sa famille vers les services de soutien appropriés s'ils ont besoin d'aide pour comprendre la maladie et planifier l'avenir.

Souvent, au fur et à mesure que la maladie progresse, les familles constatent qu'elles doivent de plus en plus prendre des décisions au nom de la personne atteinte de la maladie d'Alzheimer. « Les familles ne s'attendent pas à devoir assumer la responsabilité de prendre des décisions pour les autres », déclare Dr John Dossetor, titulaire de la chaire de bioéthique de l'Université de l'Alberta et membre du Groupe de travail.

Les lignes directrices aident les gens à se préparer à assumer ces responsabilités et à commencer à faire face à ces décisions difficiles au fur et à mesure que leur rôle de soignant prend de l'ampleur. Dr Dossetor suggère que les familles peuvent également trouver utile d'obtenir l'aide d'un professionnel et de discuter avec d'autres soignants qui ont eu à faire face à ces situations difficiles.

« Ces lignes directrices me seront très utiles au fur et à mesure que la maladie de ma mère progressera », dit Ellen Agger. « Malheureusement, toutes les décisions que je dois prendre maintenant sont des décisions complexes. Je dois comprendre et prendre en considération tous les choix possibles. »

« Je découvre qu'il n'y a pas de réponses faciles. Je dois simplement continuer de poser des questions; et obtenir toute l'aide que je peux. »

Vous pouvez obtenir les lignes directrices sur l'éthique auprès de votre société Alzheimer ou dans la section Soins Alzheimer.

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