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La maladie d'Alzheimer, une épée de Damoclès...
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L'histoire de la famille Mitchell

[L'information dans cette page était courante au moment de son affichage. Veuillez prendre note qu'en 2003, le nom du registre d'errance Alzheimer a été changé à Sécu-RetourMC : registre d'errance Alzheimer.]

[Tirée du Rapport annuel de 1995 de la Société Alzheimer du Canada]

L'histoire de la famille Mitchell

Mon Papa de Craig Mitchell

Certains pensent que mon père est bizarre. D'autres, qu'il est stupide, et d'autres encore qu'il est embêtant. Mais c'est mon papa. Il a 44 ans. Il a l'air en bonne santé et pourtant il a la maladie d'Alzheimer; et les cellules de son cerveau sont en train de mourir. La plupart des gens qui ont cette maladie ont l'âge d'être grands-parents, main elle atteint aussi des jeunes dans la trentaine.

La personnalité de papa a changé. Il fair des choses étranges qu'il n'aurait jamais fait avant. Il ne s'occupe plus de moi. Il ne joue plus au ballon, ne me raconte plus d'histoires et ne prend plus aucune décision. Je dois tout demander à maman.

Papa ne se souvient plus de rien. Il ne sait pas quand je suis né, quand il s'est marié et ne se rappelle même pas ce qu'il a fait hier. Il confond les mots et tout s'embrouille dans sa tête.

Son état empire et je sais qu'à un moment donné, il aura besoin qu'on s'occupe encore plus de lui.

Je déteste lorsque les gens se moquent de lui. Même si je me mets parfois en colère contre lui, il sera toujours mon papa.

Notre famille

Steve et Sylvia Mitchell se sont rencontrés il y a 20 ans à l'école secondaire. Ils sont tombés amoureux l'un de l'autre et se sont fréquentés pendant deux ans avant de se marier, « pour la vie », comme dit Sylvia.

Ils se sont installés en Nouvelle-Écosse, dans la petite ville de Kingston. Icii, tout le monde vous connaît et sait où vous êtes né. Sylvia et Steve se sont bien intégrés à la vie sociale, passant de nombreuses heures en compagnie de leurs amis et à faire du bénévolat pour leur paroisse. Peu après leur premier anniversaire de mariage, Sylvia et Steve ont décidé de fonder une famille. Ryan, qui a maintenant 19 ans, est arrivé le premier. Deux ans plus tard, Joseph est né, le jour de Noël. Ils ont ensuite donné naissance à deux filles, Katie 16 ans, et Suzie, 14 ans. Deux petits garçons les ont suivies, Craig, qui a maintenant 11 ans, et le benjamin, James, neuf ans.

Au fil des ans, les Mitchell se sont consacrés à l'éducation de leurs enfants. Ils ont passé un nombre d'heures incalculable à conduire les uns et les autres à leurs leçons de musique ou pratique de sport. Steve s'est souvent levé aux aurores pour aller à la patinoire de hockey locale et a passé de nombreuses soirées à jouer au base-ball.

Pendant l'hiver, la famille jouait à des jeux de société ou faisait de la luge. L'été, tout le monde allait pique-niquer à la plage ou au bord du lac. « Toute notre vie était vouée aux enfants », explique Sylvia.

Aujourd'hui, à 42 ans, la vie de Sylvia n'est plus la même. Il y a quelques années, Steve a commencé à avoir de gros problèmes à son travail. À titre de taxateur pour le gouvernement provincial, il était chargé de calculer à domicile le montant des cotisations des particuliers. Les gens ont commencé à se plaindre de ses commentaires déplacés et questions répétitives. Ses rapports revenaient truffés d'erreurs et incomplets. Il a tenté de retourner chez les gens pour un deuxième entretien, mais plusieurs familles se sont fâchées. Il avait aussi des difficultés en dehors du travail. Sylvia se souvient d'un rendez-vous au garage pour faire réparer l'auto. « Non seulement, il avait oublié rendez-vous, dit-elle, mais il ne se souvenait pas non plus du garage ni de celles des deux voitures qui devait être réparée. »

Croyant pouvoir reprendre la situation en main, Steve a pris un congé. Mais les choses allant en empirant, son supérieur lui a demandé de consulter un psychiatre. Une série de tests prescrits par le médecin de Steve ont confirmé leurs soupçons. Steve avait la maladie d'Alzheimer.

La vie des Mitchell avait déjà changé. Steve, qui insistait pour accompagner les enfants en voiture à leurs leçons, conduisait de manière dangereuse. Sa famille en a passé des nuits blanches, et après avoir frôlé maintes fois la catastrophe, on a fini par lui retirer son permis. La personnalité de Steve s'est aussi transformée. Il a commencé à traîner au centre commercial, dévorant des quantités énormes de bonbons et engageant des conversations indiscrètes avec les voisins. Plusieurs fois, la police a ramené Steve chez lui parce qu'il perturbait l'ordre public, et l'accès au centre commercial lui a été interdit à moins d'être accompagné par un adulte. Sa famille ne le reconnaissait plus, et ses enfants ont commencé à avoir honte de lui.

A mesure qu'ils grandissaient, les enfants ont réagi différemment au comportement de leur père. L'une des filles, qui l'adorait, prétendait ne pas le connaître lorsque ses camarades se morquaient de lui. Ryan a voulu se battre avec des gens qui faisaient des remarques désobligeantes sur son père.

Quant à Craig, il a eu envie d'écrire le texte figurant à la page un.

Dans ce rapport annuel, nous allons suivre Sylvia, Steve et leurs six enfants, et voir comment leur vie a changé depuis que la maladie s'est déclarée. Nous montrerons comment la Société Alzheimer peut aider les familles frappées par cette maladie terrible et leur apporter un certain réconfort.

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Ensemble, nous y parviendrons

Craig Mitchell n'est que trop conscient de la nécessité de mieux comprendre et connaître la maladie d'Alzheimer. Il se heurte à ce problème chaque jour, à l'école, dans l'autobus, sur le terrain de base-ball et à son cours de musique. Craig sait par expérience que les enfants de onze ans se moquent de ce qu'ils ne comprennent pas. Et quand il est dans l'autobus, sans le soutien de ses amis ou sa famille, il a beaucoup de difficulté. C'est pourquoi il a décidé d'écrire le texte que nous avons publié en page un. Lorsque Craig l'a lu à ses camarades, ils se sont excusés de s'être moqués de son père.

Grâce à nos publications, nous espérons donner aux enfants et aux parents l'information dont ils ont besoin pour mettre un terme aux quolibets sur la maladie d'Alzheimer et aider les gens à comprendre en quoi consiste cette maladie. C'est exactement ce que nous a permis de réaliser le Mois de la sensibilisation Alzheimer en janvier, qui a souligné la nécessité d'établir un Registre d'errance Alzheimer à l'échelle du pays. Avec l'aide des services de soutiens et d'éducation et de nos organisations locales, nous avons interrogé des familles et les maisons de soins pour que les médias sachent ce qu'il en est réellement. Ce reportage a remporté un immense succès, comme l'attestent les centaines d'appels de la part des médias et les réactions du public.

Les résultats ont été très positifs pour la Société et les milliers de familles touchées par la maladie. Peu de temps après, nous avons reçu des subventions gouvernementales pour la mise en oeuvre du programme, ce qui démontre une fois de plus qu'ensemble, nous pouvons y arriver.

Craig vous le dira, l'information est cruciale pour toutes les familles et personnes qui côtoient la maladie d'Alzheimer. Nous avons besoin de compréhension tant pour surmonter nombre des défis d'aujourd'hui que pour financer les réponses de demain.

Relever les défis d'aujourd'hui

« Nous avons appris à nos enfants à quel point il est important de respecter les autres, mais ils ont du mal aujourd'hui à respecter leur père. Ils lui tiennent tête et me demandent mon avis avant de lui obéir... Cela m'attriste de voir que leur père ne peut plus leur donner le bon exemple. Sa personnalité a beaucoup changé, ce n'est plus le même homme », raconte Sylvia.

Imaginez que votre père n'est plus la même personne : son humour, sa façon de consoler vos chagrins, sa manie de répondre « peut-être » quand il veut dire « oui », sa tristesse lorsque vous le décevez, tout ce que vous aimiez et détestiez chez votre père a été effacé par la maladie d'Alzheimer.

Imaginez ensuite que vous perdez votre mari à la fleur de l'âge. Il ne vous touche plus tendrement, ne vous embrasse plus à la fin d'une journée difficile, ne vous sourit plus avec complicité devant les exploits de vos enfants; il ne reste plus que des regards dénués de sens et des comportements qui embarrassent la famille.

Ces changements sont stressants et difficiles à accepter pour les proches du malade. Pourtant, la majorité des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer vivent au sein de la collectivité et, comme Steve, sont prises en charge par leur famille.

Afin de comprendre ce que vivent les personnes qui s'occupent de tels malades et les effets de la maladie sur la famille, la docteure Hazel MacRae, chercheuse de Nouvelle-Écosse, a entrepris d'interroger un certain nombre de familles touchées par la maladie. On sait que des services de soins à domicile ont été établis pour aider les familles à faire face aux contraintes physiques, mais Hazel étudie les effets de la maladie sur l'affectif et le rôle des personnes qui s'occupent des malades. Son étude fait partie des nombreux travaux de recherche que finance Alzheimer Canada.

Sylvia Mitchell et ses enfants essaient de protéger Steve, en cachant son comportement gênant et en parlant à sa place pour éviter des situations potentiellement embarrassantes. La plupart des proches des personnes atteintes de l'Alzheimer se comportent ainsi, les Mitchell prétendent que Steve va bien pour le protéger.

Hazel étudie la perte d'identité chez les personnes qui ont l'Alzheimer et celles qui s'en occupent. Elle interroge les proches des malades pour en savoir plus sur le stress dont souffre toute la famille et les conséquences de la maladie.

Les travaux d'Hazel permettront à Alzheimer Canada de mieux comprendre les effets de la maladie sur tous les membres de la famille. En tant qu'organisme de soutien, nous espérons que cette information servira à améliorer et à compléter les ressources dont nous disposons pour aider enfants et adultes et, par conséquent, nous permettra d'offrir le soutien nécessaire aux personnes qui s'occupent de ces malades.

Pour tirer le meilleur parti de ces travaux de recherche, nous avons procédé, en 1995, à l'unification du programme de recherches. Les organisations provinciales et locales ont contribué au programme en versant des fonds aux chercheurs de leur province. Grâce à ces nouveaux partenariats, des projets de recherche tels que celui entrepris par le docteur Julian Kanfer, au Manitoba, ont reçu davantage de fonds. Quoique très enthousiastes à l'égard de ce projet portant sur les interventions thérapeutiques dès le début de la maladie d'Alzheimer, il nous était impossible de le financer par manque de fonds. Grâce à l'unification du programme de recherches, Alzheimer Manitoba a versé la subvention de recherche de 100 000 $ nécessaire à Julian.

Un jour, nous trouverons les réponses dont nous avons besoin. Et ces partenariats nous permettront d'y parvenir beaucoup plus rapidement; ce jour-là, nous pourrons soulager les Mitchell et des milliers d'autres familles comme la leur en proie aux défis d'aujourd'hui.

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Surmonter les obstacles

« Les policiers doivent en savoir plus sur cette maladie », affirme Sylvia. Steve s'est fait arrêter plusieurs fois à la suite de plaintes. À cause de sa maladie, il peut avoir des comportements anormaux. Il va faire de la bicyclette au milieu de la route, prendre des bonbons sans les payer et il va même jusqu'à arrêter la circulation pour demander aux gens dans la rue de lui donner de l'argent.

Steve est encore jeune, donc très actif et en bonne forme physique. Il aime aller se promener. Pour Sylvia, c'est une source d'inquiétude et de stress et elle a énormément besoin du soutien et de la compréhension de la collectivité.

Cette année, grâce à la mise en place du Registre d'errance Alzheimer à l'échelle nationale, ses inquiétudes sont en partie apaisées. Les familles craignant qu'une personne chère ne s'égare peuvent faire introduire des renseignements à son sujet dans une base de données nationale établie par la GRC. Ces renseignements sont à la disposition des forces de police d'un bout du pays à l'autre et peuvent les aider à identifie ou à retrouver une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer.

Il est indispensable pour le bon fonctionnement du programme d'assurer la formation des agents de police et l'éducation du public en la matière. « Les policiers doivent comprendre le comportement des personnes comme Steve et prendre les mesures appropriées; les familles ont besoin de soutien et d'être traitées avec compassion », explique Linda LeDuc, directrice des services de soutien et d'éducation.

Le programme rassure Sylvia, car si Steve décide un jour de faire de l'auto-stop et quitte la ville ou la région, la police pourra avoir accès aux renseignements le concernant et l'aider à revenir sain et sauf chez lui.

Avant la mise en place du programme, les renseignements ne pouvaient être obtenus que par le biais des registres des sociétés Alzheimer locales, qui n'étaient d'aucune utilité si les gens sortaient de leur territoire.

Tim Cane, membre des forces de police de Fredericton, fait partie du comité du Registre d'errance Alzheimer et présente le programme de formation à de nombreux policiers comme lui. Voici ce qu'il en pense: « le programme est un outil très utile qui rassure les familles et les policiers lorsqu'une personne disparaît ».

Le registre a donné lieu à une série de partenariats entre Alzheimer Canada et de nombreux groupes, dont le Programme d'aide à l'autonomie des aîné(e)s de Santé Canada, Parents-Secours et la Gendarmerie royale du Canada.

Mais nos programmes de soutien vont beaucoup plus loin. Afin d'aider les familles et autres fournisseurs de soins, nous avons distribué près de 300 000 documents d'information en 1995. Nous nous sommes associés à des spécialistes de la recherche afin de mettre au point de la documentation pour aider les familles au jour le jour, par exemple pour faire la toilette des malades, pour décider s'il faut ou non leur administrer des médicaments expérimentaux, ou pour comprendre les découvertes en génétique. Cette information rassure les familles qui, comme les Mitchell, doivent chaque jour lutter contre la maladie d'Alzheimer, et les aide à comprendre ce qui se passe.

Des partenariats avec des groupes tels que l'Association canadienne pour l'intégration communautaire (anciennement Soutien à domicile Canada) se sont aussi poursuivis notamment lors de l'évaluation de notre nouveau programme de formation intitulé La maladie d'Alzheimer : les soins à domicile. Grâce à une aide de la Fondation Max Bell, nous avons analysé les effets de notre programme de formation sur bande vidéo. Notre évaluation a confirmé que le programme a une influence très positive sur les auxiliaires familiaux à domicile. Ceux-ci peuvent désormais comprendre les besoins et exigences de ces familles et venir à bout des cas difficiles.

Les vidéos, seront donc utilisées par les fournisseurs de soins, et il en résultera une meilleure qualité de la vie pour tous. Nous continuerons de déployer tous les efforts nécessaires pour améliorer la vie des familles touchées par la maladie d'Alzheimer. Ensemble, nous essayons de surmonter les obstacles.

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